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24 août 2019 6 24 /08 /août /2019 19:21

Il est 16h lorsque le départ est donné à Rambouillet de la plus mythique des courses à vélo. Le Paris Brest Paris représente en quelque sorte les Jeux Olympiques des randonneurs cyclistes. Une épreuve organisée tous les quatre ans et qui attire près de 7000 cyclistes venant du monde entier ! Au départ, j'ai du mal à imaginer que je m'élance pour 1222 km ! Placé dans les premiers à partir, j'ai bien cru devoir décaler mon départ suite une crevaison survenue dans le sas quelques minutes avant le coup du starter... Me voilà bien parti ! L'allure est vive, environ 35 km/h. J'ai décidé de m'accrocher au groupe au moins jusqu'au premier contrôle situé au km 120. Ensuite l'objectif est de prendre des petits groupes qui roulent un peu moins vite. Je pars en effet en autonomie, mon vélo pèse plus de 15 kg (sacoches à l'avant et à l'arrière), Il m'est par conséquent impossible de rivaliser avec ceux qui bénéficient d'une assistance et qui partent bien plus légers. J’entame ma première nuit dans un groupe toujours conséquent, mais voilà qu'au km 300 à 3 heures du matin dans la traversée d'un village, je percute un trottoir. La chambre à air avant explose et je me retrouve au sol. Une chute sans gravité mais qui m'oblige à laisser partir le groupe pour réparer. Je prends le temps nécessaire et je relativise en me disant que tout aurait pu s'arrêter ici ! La route est encore longue. Quinze ravitaillements sont répartis sur le parcours. Je m'arrête à chacun d'eux. Les bénévoles sont à nos petits soins et nous encouragent, tout comme les spectateurs qui nous attendent. Certains villages sont décorés et il règne une ambiance de fête. Ces petites pauses font du bien au moral et permettent de sympathiser avec les autres cyclistes et les accompagnateurs. La première nuit s'achève sans d'autres ennuis. J'ai toujours de bonnes sensations, pas de coup de fatigue ni de douleurs apparentes. Il me reste encore une bonne journée de vélo cap à l'ouest. Les groupes sont désormais composés de 4 à 5 cyclistes maximum. Le vent et les côtes s'intensifient au fur et mesure que Brest se rapproche. Des averses nous rappellent que nous sommes bien en Bretagne! Il est 16 h30 lorsque je traverse en fin la rade de Brest. J'ai 45 minutes d'avance sur mon plan de marche, établi pour espérer finir en moins de 55h. Je fais peau neuve à Brest, changement de cuissard, de maillot et des soquettes. Je refais la pression des pneus et j'engloutis un plat de pâtes au poulet. Me voilà prêt pour le chemin du retour! Je repars avec de bonnes sensations et je suis déterminé à rejoindre Paris sans dormir! Beaucoup de cyclistes avec qui je roule décident de s'accorder un petit somme. La nuit refait son apparition et j'ai l'impression d'être seul sur la route. Je me dois d'être très attentif au fléchage pour ne pas m’égarer. Les lumières blanches des autres cyclistes que je croise en direction de Brest me rassurent dans cette nuit froide. A l'aube, le manque de sommeil se fait ressentir. Je lutte terriblement contre la fatigue! J'aperçois de nombreux cyclistes venant de Paris dormir dans des sas de banques, sur des bancs ou sur le bas côté des routes! Le lever du jour me redonne de la force et fait passer cette grosse fatigue. Deux jeunes cyclistes à l’entraînement décident de m'accompagner jusqu'au prochain point de contrôle, ça fait du bien enfin de pouvoir discuter sur le vélo ! Paris se trouve encore à 300 km et j'ai toujours environ 30 minutes d'avance sur mon objectif. Avec un léger vent favorable, je me dis que je ne passerai pas une nouvelle nuit dehors! Avec deux belges et un américain, nous constituons un groupe. Ils m'invitent à boire un café au niveau de leur voiture suiveuse. Après tout, après 45 heures de course, je ne suis plus à 5 minutes près ! J'attaque les trois derniers tronçons après avoir dévoré un nouveau plat de pâtes au poulet ! J'ai la sensation d’avoir besoin de manger en permanence. Du coup je m'arrête dans une boulangerie faire le plein de provisions (pizza et pains aux raisins) que je range dans la sacoche avant. C'est un

peu la carotte qui me fera avancer jusqu'au prochain point de contrôle ! Durant cette épreuve, j'ai consommé plus de 35 000 calories ! Dreux, dernier ravitaillement : il reste une petite quarantaine de km. Nous rentrons dans la troisième nuit. La fraîcheur se fait ressentir. J'ai encore à ma grande surprise de bonnes jambes. je décide de rester en compagnie de Jean-Paul, un senior de 63 ans qui boucle son 4ème Paris Brest Paris et qui montre quelques signes de fatigue. En haut des côtes je retourne le chercher pour ne pas le laisser seul. Nous finirons ensemble cette belle aventure sportive et humaine à 22h32. Il me tarde maintenant de retrouver l'hôtel pour dormir et encore dormir !

J'aurai bouclé mon premier PARIS BREST PARIS en 54 h 29 min 01 s !

Fabien DELPY Dossard A202

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